22/10/2026
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Absentéisme en entreprise : comprendre ses causes pour réduire son coût

Christophe BOULON
Directeur Gestion de l'absence & risques professionnels
Sommaire

En 2025, le taux d'absentéisme a atteint 4,76 % dans le secteur privé, un niveau supérieur de moitié à celui de 2019 selon le Datascope 2026 d'AXA. La tendance est installée, portée en grande partie par la dégradation de la santé mentale des salariés. Pourtant, selon Malakoff Humanis, 63 % des entreprises jugent la situation préoccupante, mais 55 % n'ont engagé aucune action. Pour réduire l'absentéisme durablement, il faut agir sur deux plans à la fois : limiter ses conséquences financières, notamment en récupérant les IJSS avancées, et comprendre ses causes, qui tiennent le plus souvent à l'organisation du travail.

Absentéisme en France : les chiffres 2025

Un niveau record, confirmé par plusieurs études

Le Datascope 2026 d'AXA, publié fin mars et établi à partir des DSN de 3 millions de salariés du privé, fixe le taux d'absentéisme à 4,76 % en 2025, en hausse de 5 % sur un an. L'étude 2026 de Malakoff Humanis, menée sur 3,8 millions de salariés, arrive à 4,3 %, soit 25,5 % de plus qu'en 2019. Près d'un salarié du privé sur trois (32 %) a été arrêté au moins une fois dans l'année.

Les deux chiffres diffèrent parce que les méthodes et les populations étudiées ne sont pas les mêmes. Mais les deux études décrivent la même tendance, et aucune n'annonce de palier.

Qui est concerné

L'absentéisme touche désormais des populations jusqu'ici relativement épargnées :

  • les femmes restent les plus exposées, avec un taux de 5,8 % (AXA) ;
  • les cadres gardent le taux le plus faible (2,8 %), mais il progresse de 8 % en 2025, après +9 % en 2024 (AXA). Selon Malakoff Humanis, il a augmenté de 35,2 % depuis 2019, et la durée moyenne de leurs arrêts est passée de 16,4 à 20,2 jours ;
  • chez les moins de 35 ans, l'absentéisme a augmenté de 10 % en un an (AXA).

Des arrêts plus longs, davantage liés à la santé mentale

La hausse ne vient pas des arrêts courts, les plus visibles, mais des arrêts longs. Selon AXA, les arrêts de plus de deux mois pèsent désormais plus des deux tiers du taux global. À l'inverse, les arrêts de 1 à 3 jours représentent 44 % des arrêts en nombre, mais moins de 0,2 % du taux d'absentéisme. Malakoff Humanis fait le même constat : les arrêts de 60 jours et plus ont encore augmenté de 4,9 % en un an et concentrent 63,8 % des jours d'absence.

Les troubles psychologiques sont devenus la première cause de ces arrêts longs. Chez les moins de 30 ans, ils en causent plus de la moitié (AXA). Selon Malakoff Humanis, la dépression et le burn-out représentent 37,8 % des arrêts de plus de 30 jours, une part en hausse de 25 % depuis 2020. Et la moitié des salariés concernés n'osent pas en parler au travail.

L'absentéisme change donc de nature : il devient plus psychologique, plus durable, et plus difficile à traiter avec les outils habituels.

Combien coûte l'absentéisme à une entreprise ?

Les coûts directs, la partie visible

AXA estimait en 2024 le coût moyen de l'absentéisme à 5,3 % de la masse salariale d'une entreprise. Ce calcul intègre surtout les coûts directs : maintien de salaire, remplacements, temps passé à gérer les arrêts.

À l'échelle nationale, l'Institut Sapiens estimait en 2018 le coût total de l'absentéisme à 108 milliards d'euros par an. En 2025, près de 18 milliards d'euros d'indemnités journalières ont été versés par l'Assurance maladie, selon les chiffres relayés par franceinfo.

Les coûts indirects et les coûts cachés

Cette estimation reste en dessous de la réalité, car elle ignore les coûts indirects : perte de productivité, désorganisation des équipes, turnover.

Jack Bernon et Guillaume Pertinant, dans Le sens de l'absence, vont plus loin : le coût de l'absence est souvent inférieur au coût du problème qui l'a provoquée. Ces causes ont leur propre coût, rarement visible dans les tableaux de bord RH : usure, épuisement, présentéisme, dégradation du climat social, perte de compétences, désengagement.

Vu sous cet angle, l'absentéisme n'est pas seulement un indicateur RH. C'est un indicateur de fonctionnement de l'organisation, et un levier réel de réduction des coûts.

Arrêts de travail et IJSS : ce qui change en 2026

Des arrêts limités dans le temps depuis le 1er septembre 2026

Depuis le 1er septembre 2026 (décret n° 2026-498 du 12 juin 2026), un arrêt de travail initial ne peut pas dépasser 31 jours, et chaque prolongation 62 jours, sauf justification médicale. Le médecin doit aussi indiquer le motif médical de l'arrêt, une information qui n'apparaît pas sur le volet transmis à l'employeur. Si ces règles ne sont pas respectées, la CPAM peut refuser de verser les indemnités journalières.

« Les entreprises vont devoir anticiper les renouvellements, ce qui multiplie les échanges entre salarié, service paie et CPAM, avec des risques d'erreurs plus importants », prévient Christophe Boulon, interrogé par Focus RH en septembre 2026.

Des arrêts en téléconsultation plus encadrés

Depuis la loi contre les fraudes sociales et fiscales du 25 juin 2026, un arrêt prescrit en téléconsultation est limité à 3 jours et ne peut être renouvelé qu'une fois à distance, sauf s'il est prescrit par le médecin traitant. Par ailleurs, quand le service médical de la CPAM n'est pas d'accord avec le médecin mandaté par l'employeur pour une contre-visite, il doit désormais en informer l'employeur par écrit.

Pour les services paie, cela veut dire plus de prolongations à suivre, et donc plus de risques de décalage entre les arrêts saisis en paie et les IJSS réellement versées.

Un plafond d'IJSS abaissé à 1,4 SMIC

Le salaire pris en compte pour calculer les IJSS maladie est plafonné à 1,4 SMIC, contre 1,8 SMIC auparavant. Depuis la revalorisation du SMIC du 1er juin 2026, l'indemnité journalière maximale est de 42,97 € brut (ameli.fr). Pour les salaires au-dessus du plafond, la part restant à l'employeur ou à la prévoyance augmente. Chaque euro d'IJSS non récupéré pèse donc davantage.

Le plafond des IJ AT/MP a-t-il changé ?

Oui. Pour les accidents du travail et maladies professionnelles survenus à partir du 1er novembre 2026, le salaire de référence est plafonné à environ 1,8 SMIC (108,62 € par jour). L’IJ maximale tombe à 65,17 € par jour, puis à 86,90 € à partir du 29e jour (décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026).

Premier levier : limiter les conséquences financières de l'absentéisme

Récupérer les IJSS avancées en subrogation

Quand une entreprise pratique la subrogation, elle maintient le salaire pendant l'arrêt et perçoit directement les IJSS à la place du salarié. Sur le papier, l'opération est neutre. En pratique, une partie des IJSS avancées n'est jamais récupérée : entre 15 et 20 % selon les estimations de Spartes.

« Les entreprises ayant mis en place la subrogation peinent à récupérer les indemnités qui doivent leur être versées lorsqu'elles ont maintenu le salaire de leur collaborateur durant son arrêt de travail », constate Christophe Boulon.

Les causes sont souvent les mêmes : arrêts transmis hors délai (le salarié a 48 heures), attestations incomplètes, rejets CPAM, prolongations mal suivies, rapprochements difficiles entre paie et versements. Et chaque blocage demande du temps : « Pour chaque dossier bloqué, le gestionnaire doit relancer le salarié, puis la CPAM », explique Christophe Boulon. Quand les volumes augmentent, les équipes paie finissent par laisser de côté les petits montants, et les dossiers vieillissent.

Le temps joue contre l'entreprise. Les IJ se prescrivent par deux ans à compter du premier jour du trimestre qui suit l'arrêt, soit 24 à 27 mois selon la date de l'arrêt. Au-delà, les sommes sont perdues.

Les arrêts longs, qui pèsent désormais l'essentiel de l'absentéisme, sont aussi les plus complexes à suivre : ils s'étalent sur plusieurs mois, sortent du cycle de paie mensuel et font intervenir la prévoyance.

Klem, l'expertise IJSS du Groupe Spartes, accompagne les employeurs sur le recouvrement et le pilotage de leurs IJSS, en s'appuyant sur un logiciel qui rapproche les données de paie, de Net-entreprises et de la comptabilité. Selon Christophe Boulon, ce rapprochement automatique permet de faire passer sous la barre des 2 % la part des IJSS non récupérées en gestion courante. Pour les dossiers passés, un audit sur les 27 derniers mois permet, selon Spartes, de récupérer en moyenne 50 % des sommes dues.

Articuler la gestion des arrêts avec la prévoyance

Un contrat de prévoyance bien calibré réduit les indemnités à la charge de l'employeur pendant les arrêts longs. C'est d'autant plus important avec la baisse du plafond des IJSS et AT/MP.

Sécuriser la gestion au quotidien

Plus d'absentéisme, c'est plus de charge pour les équipes paie et RH, et plus de risques d'erreurs : erreurs de paie et de DSN, non-conformités, IJSS perdues. Certaines entreprises choisissent d'externaliser tout ou partie de la gestion de l'absence, pour sécuriser leurs pratiques et recentrer leurs équipes.

Second levier : agir sur les causes de l'absentéisme

L'absence est moins un problème à combattre qu'un symptôme à comprendre. Les dirigeants et les DRH gagnent à passer d'une logique de gestion des arrêts à une logique de compréhension de ce qui les produit. Deux niveaux d'analyse se complètent.

La donnée RH : utile pour localiser, insuffisante pour expliquer

Les RH n'ont jamais eu autant d'indicateurs, et pourtant les difficultés à agir restent entières. L'enjeu n'est plus d'accumuler des données, mais de s'en servir pour cartographier l'absentéisme, comparer les services, suivre l'évolution dans le temps et anticiper. Les écarts entre populations montrent que c'est indispensable : les jeunes, les cadres et les femmes ne s'arrêtent ni pour les mêmes raisons, ni de la même façon.

Un suivi fiable des IJSS peut justement alimenter cette analyse : fréquence, durée, récurrence des arrêts, répartition entre services. Encore faut-il que ces données soient fiables et corrigées des erreurs courantes (DSN, prolongations d'arrêt). Et même fiables, elles montrent où se situent les absences, pas pourquoi elles surviennent. Une hausse des arrêts dans un service est un signal à analyser, pas un diagnostic.

L'organisation du travail : là où se trouvent souvent les causes

Les DRH nous le disent : ce qu'ils cherchent, c'est comprendre les causes profondes. L'absence relève parfois de situations individuelles, mais elle est le plus souvent la partie visible de difficultés liées au travail lui-même, à l'organisation, au management ou au collectif. Surcharge, arbitrages permanents, priorités contradictoires, manque de moyens, perte de sens : ces facteurs restent souvent invisibles, alors qu'ils nourrissent une large part des arrêts pour troubles psychologiques.

C'est pourquoi un plan de prévention durable doit croiser les indicateurs RH avec une analyse qualitative de l'organisation du travail.

Les actions à combiner

Une stratégie de prévention efficace s'inscrit dans la durée et combine plusieurs actions :

  • la QVCT, avec une mesure régulière et des actions concrètes ;
  • la prévention des risques psychosociaux ;
  • la formation des managers au repérage des signaux faibles, pour intervenir avant l'arrêt ;
  • un suivi de la fréquence et de la durée des arrêts, avec des réponses adaptées à chaque cas ;
  • une politique de contact pendant l'absence et de retour organisé ;
  • une attention particulière aux absences répétées, pour limiter l'absentéisme perlé et les prolongations ;
  • un accompagnement spécifique du retour après un arrêt long (temps partiel thérapeutique, aménagement de poste).

Un sujet qui dépasse la fonction RH

L'absentéisme ne se réglera pas s'il reste confiné au service RH. Il concerne aussi les managers, la direction générale, les salariés et les représentants du personnel, autour d'un dialogue social appuyé sur des données et des objectifs partagés. Les RH ont un rôle central de coordination. Mais leur confier le sujet entièrement, c'est prendre le risque qu'il ne soit jamais complètement traité.

Questions fréquentes

Quel est le taux d'absentéisme en France en 2025 ?

4,76 % dans le secteur privé selon le Datascope 2026 d'AXA, soit une hausse de moitié par rapport à 2019. L'étude Malakoff Humanis, qui utilise une autre méthode, l'évalue à 4,3 %.

Qui est le plus touché par l'absentéisme ?

Les femmes ont le taux le plus élevé (5,8 %). Les plus fortes hausses concernent les moins de 35 ans (+10 % en un an) et les cadres (+8 %), selon AXA.

Les arrêts courts pèsent-ils beaucoup dans l'absentéisme ?

Non. Selon AXA, les arrêts de 1 à 3 jours représentent 44 % des arrêts en nombre, mais moins de 0,2 % du taux d'absentéisme. Ce sont les arrêts de plus de deux mois qui pèsent plus des deux tiers du taux global.

Combien coûte l'absentéisme à une entreprise ?

AXA l'estimait en 2024 à 5,3 % de la masse salariale en moyenne, en coûts directs. S'y ajoutent des coûts indirects (productivité, désorganisation, turnover), rarement chiffrés.

Quelle part des IJSS n'est jamais récupérée ?

Entre 15 et 20 % des IJSS avancées par les employeurs qui pratiquent la subrogation, selon les estimations de Spartes. Les IJ se prescrivent en 24 à 27 mois selon la date de l'arrêt.

Qu'est-ce que la subrogation des IJSS ?

C'est le mécanisme par lequel l'employeur maintient le salaire pendant l'arrêt et perçoit directement les indemnités journalières de la Sécurité sociale à la place du salarié.

Quelle est la durée maximale d'un arrêt de travail en 2026 ?

Depuis le 1er septembre 2026, 31 jours pour un arrêt initial et 62 jours par prolongation, sauf justification médicale.

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